Intervenants

 OUVERTURE
Mardi 6 septembre 2016



  • Yadh BEN ACHOUR : Durant sa carrière universitaire il se spécialise dans la théorie politique islamique et le droit public, matières dans lesquelles il publie plusieurs ouvrages. En 1988, il est nommé membre du Conseil Constitutionnel Tunisien. En 1992, il en démissionne au motif de la tentative du Président Ben Ali de réprimer la Ligue tunisienne des droits de l'homme par l’intermédiaire d’une réforme de la loi sur les associations. Après la Révolution, il est désigné Président de la Commission de la réforme politique et, le 19 février 2011, le Président provisoire de la République le désigne comme président de La Haute Instance de réalisation des objectifs de la révolution, de la réforme politique et de la transition démocratique dont la mission essentielle était de préparer les élections de l’Assemblée nationale constituante, conformément à des standards démocratiques, les premières élections libres en Tunisie. En 2012, il reçoit le Prix International de la démocratie, Fondation Internationaler Demoktratie Preis, Bonn, Allemagne. Monsieur Ben Achour est co-fondateur de l’Académie internationale de droit constitutionnel, ancien membre de l'Institut de droit international et président du Tribunal administratif de la Banque Africaine de développement. Il a été élu membre du Comité des droits de l’homme des Nations-Unies en juin 2014. Parmi ses récents ouvrages : La seconde Fatiha, L’Islam et la pensée des droits de l’homme. PUF, Mai 2011. CERES éd., Tunis, juillet 2011 ; Tunisie: une révolution en pays d'islam, sous presse, CERES éd., Tunis, 2016.
Intervention : « L'Islam, la norme démocratique et le radicalisme religieux »

L'interrogation fondamentale qui constitue notre point de départ est la suivante : comment démontrer, autrement que par des pétitions de principe, la supériorité philosophique et morale de la norme démocratique, qui considère, par postulat, l’homme comme la fin ultime de la cité politique, sans égard à des fins plus ultimes encore ? Comment prouver la supériorité du droit démocratique par rapport aux arguments de ses principaux ennemis, en particulier les représentants du radicalisme religieux en politique.

Alors que l'éthique démocratique est fondée sur l'autonomie personnelle, la liberté et la responsabilité individuelle, la fragmentation des sphères religieuse, d'un côté, et politique et juridique, d'un autre côté, la relativité de la plupart des points de vue moraux et la tolérance, le débat d'idées et le dialogue, celle du radicalisme religieux en politique est fondée sur la certitude d'une conviction transcendante, l'hétéronomie personnelle, la servitude volontaire ou forcée, l'indissociabilité des sphères religieuse, politique et juridique, le conformisme et le suivisme intellectuel, enfin, comme conséquence fatale de cette plateforme de données, le recours à la violence contre l'adversaire quel qu'il soit. C'est par l'ensemble de ces traits que se distinguent aujourd'hui le radicalisme religieux islamique, tel qu'il se manifeste notamment par l'idéologie de l'État islamique, prônant un devoir de violence.

Si nous voulons contrer l'idéologie du radicalisme religieux en politique, notamment celle des jihadistes, toutes tendances confondues, il est impératif d'asseoir la norme démocratique sur des bases solides et irréfutables. Pour cela nous n’avons d’autre choix que de la fonder sur un principe philosophique et moral universel qui, sans aucune contestation possible, soit commun à toute l’humanité. Seul, le principe de non souffrance peut nous aider à atteindre cet objectif. Par nature, l'homme fuit la souffrance. Le principe de non-souffrance couvre la vie elle-même, le corps, l'homme pensant, l'homme parlant et enfin l'homme citoyen politique. L’homme aime la vie, il a donc un droit sacré à la vie et à l'intégrité physique. Il est un être pensant et jugeant. il a droit à une entière liberté de pensée et de jugement. Il est un être parlant, il a donc droit à l’entière liberté de s’exprimer. Il est un être politique, donc il a droit de résister à l'oppression, d’élire, d’être représenté, de participer également avec les autres aux affaires publiques. L'atteinte à ces droits constituant une souffrance, il s'en suit que la norme démocratique est la seule qui protège l'homme, dans son universalité, contre la souffrance.

Il s'agit donc de savoir si l'islam, en tant que religion, peut s'accorder avec les principes de la norme démocratique. La réponse dépend évidemment de l'interprétation qu'on se fait de l'Islam, en particulier dans sa relation avec le politique. Si pour le musulman démocrate et moderne, cette conciliation ne pose aucun problème, en revanche les partisans de l'islamisme radical refusent catégoriquement la norme démocratique et prétendent que l'adhésion à cette norme démocratique, de la part des musulmans, constitue une négation aussi bien de la religion en elle-même que dans ses implications sur le patrimoine culturel et sur la constitution de l'identité. La seule manière de réfuter cette manière de penser consiste, comme nous voulons précisément le démontrer, à montrer la supériorité de la norme démocratique sur le radicalisme religieux, aussi bien sur le plan théorique que sur le plan pratique. Ce sera là l'objet principal de la conférence.
AXE GEOPOLITIQUE
Mercredi 7 septembre 2016


  • Georges CORM est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris (1961) et docteur en droit public de la Faculté de droit et des sciences économiques de Paris (1969). Il a enseigné dans diverses universités du Liban depuis 1969. Il a été ministre des finances du Liban (1998-2000) et il est professeur depuis 2001 à l’Institut de sciences politiques de l’Université Saint-Joseph de Beyrouth. Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’histoire du Proche-Orient et de ses relations avec l’Europe, ainsi que sur les questions de développement. Parmi ses ouvrages, Le Proche-Orient éclaté 1956-2012, Folio/histoire (éditions successives depuis 1983), ainsi que Histoire du Moyen-Orient. De l’Antiquité à nos jours, La Découverte, 2007 et Pour une lecture profane des conflits, La Découverte, 2012 qui fait suite à sa trilogie Orient Occident. La fracture imaginaire (2002) ; La question religieuse au XXIè siècle. Géopolitique et crise de la post-modernité (2006) ; L’Europe et le mythe de l’Occident. La Construction d’une histoire, (2009). Il est aussi l’auteur de Pensée et politique dans le monde arabe. Contextes historiques et problématiques. XIXè-XXIè siècle, La Découverte, 2015.
Intervention : « Dénoncer les manipulations du religieux dans les conflits géopolitiques »

L’objet de l’intervention sera d’expliciter combien le religieux est mobilisé depuis quelques décennies pour donner de la légitimité aux projets de puissance profane et aux nombreux conflits géopolitiques qui déchirent le monde et, plus particulièrement le Moyen-Orient. Dans ce cadre, il sera fait retour sur la thèse de Samuel Huntington relative à l’existence supposée de conflits de civilisations et de valeurs politico-religieuses. Cette thèse hautement fantaisiste dont les origines historiques seront examinées, a servi à légitimer toutes les guerres et violences récentes au Moyen-Orient. C’est pourquoi, il serait nécessaire de prendre plus de précautions dans les réponses qui y sont données en analysant les données et motivations profanes des conflits.

Les civilisations ne se font pas la guerre, seuls les Etats sont guerriers. Les civilisations et les cultures, voire même les religions, sont en interaction spontanées depuis les débuts de l’humanité et ce sont les influences réciproques qu’elles exercent les unes sur les autres qui font avancer l’humanité ; certains systèmes de pouvoir peuvent vouloir limiter ces influences, mais dans le monde ouvert d’aujourd’hui, cela est encore plus impossible qu’autrefois. Pour faire progresser l’humanité et contribuer à l’idéal de la paix universelle, il convient surtout de dénoncer les intérêts profanes de puissance, économiques, politiques et militaires, qui s’abritent derrière le thème de conflits de civilisation ou de valeurs ou de religions ou de cultures.
  • Jaume FLAQUER est jésuite, responsable de la section théologique "Cristianismo i Justicia", professeur de dialogue interreligieux à la Facultat de Teologia de Catalunya.
Intervention : « L’europe à l'épreuve du conflit au Proche-Orient »

Le conflit du Proche-Orient est en train de mettre à l’épreuve l’Europe, au risque même de la briser. La peur de l’islam fait monter en puissance l’extrême droite et éloigne l’Europe de ses principes humanitaires. Les pays de l’Est sont encore plus réticents à recevoir des réfugiés. L’Europe est confronté à de nombreux défis : au moment même où l’Europe essaie de se créer une nouvelle identité post-religieuse, elle voit grandir le nombre des musulmans demandants une visibilité publique de la religion. Plusieurs modèles d’intégration des musulmans coexistent selons les pays et tous ont échoué sous un certain point de vue. L’Europe essaie de lutter contre la radicalisation tout en débatant s’il s’agit d’une radicalisation de l’islam ou bien d’une islamisation de la radicalisation. Les questions de sécurité guident l’agenda des pays : accords avec les pays du sud et de l’est de la méditerranée, controle de la vie privée des personnes, etc. Enfin, ces nombreux défis surgissent en Europe dans un moment de crise de son project d’unité. Elle pourrait se briser définitivement si nous ne sommes pas capables de leur donner une solution satisfaissante.
  • Haoues SENIGUER est maître de conférences en science politique à Sciences Po Lyon ; directeur du CODEMMO (Coopération et Développement au Maghreb et au Moyen-Orient) ; chercheur au laboratoire Triangle (UMR 5206) ; membre de l'ISERL (Institut Supérieur d'Étude des Religions et de la Laïcité) ; et chercheur associé à l'Observatoire des Radicalismes et Conflits Religieux en Afrique (ORCRA), à Université Saint-Louis du Sénégal.
Intervention : « La galaxie néo-salafiste: un apolitisme en trompe l'oeil »

Après avoir abondamment été utilisé dans les médias, et bien qu'il puisse en être encore question aujourd'hui, le vocable islamisme semble cependant progressivement avoir cédé le pas à un autre terme, tout aussi négativement connoté au plan de l'opinion publique française en général, à savoir le "salafisme" auquel nous préférons d'ailleurs "néo-salafisme". Que désigne-t-on au juste par l'expression en question ? Quelles réalités socio-politiques recouvre-elle? L'opposition communément adoptée "salafisme quiétiste- versus salafisme djihadiste" a-t-elle un sens ou y a-t-il des porosités idéologiques entre ces deux formes de religiosité ou d'activisme religieux ? À partir d'exemples précis tirés à la fois de l'histoire et de faits très contemporains, sur la base des cas français et arabe, nous essaierons d'interroger de façon résolument critique de telles catégories qui présentent selon nous des limites explicatives ou des angles morts.
AXE THEOLOGIQUE
Jeudi 8 septembre 2016



  • Gabriel Said REYNOLDS est Professeur d’islamologie et de théologie à l’Université de Notre Dame (USA). Après des études à l’Université de Columbia, il poursuit son cursus à Yale où il obtient en 2003 son doctorat dans le département des études religieuses dans le cadre des études islamiques. Il est l’auteur de “Le problème de la chronologie du Coran,” Arabica 58 (2011), 477-502, The Qur’an and Its Biblical Subtext (Routledge, 2010) et A Muslim Theologian the Sectarian Milieu (Brill, 2004), éditeur (avec Mehdi Azaiez) de The Qur'an Seminar Commentary (De Gruyter, 2016), New Perspectives on the Qur'an: The Qur'an in Its Historical Context 2 (Routledge, 2010) et The Qur'an in Its Historical Context (Routledge, 2008), et traducteur de The Critique of Christian Origins: Qadi Abd al-Jabbar’s (d. 415/1025) Islamic Essay on Christianity (2010). Actuellement il prépare un nouveau commentaire du Coran pour Yale University Press : The Qur'an in Conversation with the Bible.
Intervention : « Dieu de Clémence et Vengeance »

Le thème de la clémence divine est omniprésent dans le Coran. Chaque Sourate (hormis la neuvième) débute avec l’invocation, « Au nom d'Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux » (Hamidullah). Néanmoins, le Coran souligne dans le même temps la justice de Dieu, et même sa vengeance. Cette vengeance, discutée dans le livre controversé l’action psychologique dans le Coran (D. et M.-T. Urvoy), se trouve en effet dans les récits coraniques du châtiment infligé aux peuples mécréants (Straflegenden). Dieu est en l’occurrence décrit comme dhu l-intiqam (« porteur de vengeance », 3 :4 ; 5:95; 14:47; 39:37) ; il est aussi celui qui tend une embuscade aux incroyants (11:121-23; 89:14) et il est encore « le meilleur en stratagèmes » contre eux (3:54; 7:99; 8:30 ; 11 :21).

Est-ce que le Dieu du Coran est alors capricieux ? Daud Rahbar (God of Justice) et Fazlur Rahman (Major Themes of the Qur'an) refusent catégoriquement l’idée. A contrario, Ils soutiennent que le Dieu du Coran est simplement « juste » ou bien un « juge exigeant ». Mais ces auteurs ne traitent pas de la question de la vengeance de Dieu, une qualité qui dépasse la simple justice. Dans notre présentation, je propose de comprendre cette notion de vengeance comme un élément fondamental de la rhétorique coranique. Il s’agit en l’occurrence d’une stratégie d’exhortation déjà présente dans le Nouveau Testament, où Paul nous parle du privilège divin de se venger contre les pécheurs (Rom 12 :19 ; avec une citation de Dt 32 :35).
  • Adnane MOKRANI est théologien musulman, tunisien, professeur associé des études arabes et islamiques à l'Institut pontifical pour les études arabes et islamiques, Rome. Professeur agrégé à l'Université Pontificale Grégorienne (Rome), docteur en théologie islamique de l'Université al-Zitouna (Tunis 1997), docteur en Relations islamo-chrétiennes de l'Institut pontifical pour les études arabes et islamiques (Rome 2005).
Intervention : « Vers une théologie islamique dialogique et a-polémique »

Le but de cette intervention est de formuler une théologie islamique dialogique, unitaire et pluraliste, fondée sur la théologie mystique, qui va au-delà du dualisme ontologique qui a marqué la théologie islamique classique, Kalam, en surmontant ses implications et connotations conflictuelles et polémiques. Le point de départ de cette réflexion est l'étude des approches islamiques vers les autres religions. Parmi celles-ci, deux sont totalement opposées : l’approche polémique théologique, et l’approche compréhensive soufie. Pour creuser plus profondément les vraies raisons de cette opposition radicale, j’ai étudié leurs respectives visions cosmiques et structures ontologiques et épistémologiques.
  • Mohammad Zaraket est théologien musulman chiite, libanais, professeur à l’Université Saint-Joseph, Beyrouth.
Intervention : « De l'apologie au dialogue avec l'Autre dans les études islamiques chiites - le cas de Muhammad Jawad al-Balaghi »

Engager le dialogue avec l'autre, celui qui a une affiliation religieuse différente, semble être un cas naturel chez la plupart des humains et au sein des communautés mixtes en particulier. Les musulmans ont connu tout au long de leur histoire et de la géographie une telle rencontre (dialogue), allant des premières rencontres entre l'islam et le christianisme pour atteindre l’époque récente. Les rencontres islamo-chrétiennes ne sont pas absentes de l'histoire islamique. Ce qui est surprenant est que dans les séminaires chiites (hawzat al-'Ilmiyyah), étudier le christianisme n'a pas été considéré comme une préoccupation éducative majeure, malgré quelques exceptions récentes enregistrées chez certains érudits chiites.

Muhammad Jawad al-Balaghi (1865-1933) est considéré comme l'un de ces quelques cas dans le Séminaire chiite de Najaf, avec ses deux volumes cruciaux intitulés : ar-Rihlah al-Madrassiyyah (Voyage scolaire) et al-Huda 'ila Din al-Mustafa (Guide vers la religion de al-Mustafa). Je vise à jeter la lumière sur l'affaire d’al-Balaghi, en traçant les motivations de son expérience. Je vise également à préciser les raisons derrière les méconnaissances de ce domaine scientifique dans les séminaires chiites, pour aboutir aux réalités des études chrétiennes dans les grands séminaires chiites et les centres éducatifs à Qum et à Najaf.
  • Michel YOUNES est professeur de théologie, directeur du Centre d’Études des Cultures et des Religions (CECR) et coordinateur de PLURIEL ; Université Catholique de Lyon.
Intervention : « Pour une théologie systémique du dialogue islamo-chrétien »

Plus qu’à tout autre moment de l’histoire, le rapport entre christianisme et islam semble occuper une attention particulière. L’histoire contemporaine, les mutations profondes des sociétés ou encore les phénomènes de globalisation placent ce rapport au cœur du dialogue interreligieux. D’un point de vue chrétien, plus qu’une question d’ordre géopolitique, cette particularité est fondamentalement due à l’émergence de l’islam et à son développement historique après l’avènement du Christ qui est, pour la foi chrétienne, l’accomplissement définitif de la révélation divine. Le dialogue islamo-chrétien apparaît ainsi comme étant irréductible à toute autre forme de dialogue. Or, dans un contexte de crispations où se superposent les registres, politique, culturel, religieux et sociétal, l’attitude apologétique tend à reprendre le dessus sur le dialogue, compris comme étant la rencontre enrichissante de croyants.

Du côté chrétien, surtout catholique, le 20e siècle constitue un tournant majeur dans la perception du dialogue interreligieux en général, et islamo-chrétien en particulier. Fondée sur une ecclésiologie en dialogue avec le monde et sur une théologie du germe du Verbe présent dans les cultures et dans les religions, l’approche conciliaire permet un développement sans précédent qui sera visible à travers les rencontres mondiales comme celle d’Assise (1986, 2002, 2011), des rencontres nationales ou locales. Mais depuis une quinzaine d’année, on observe une contestation de la théologie du dialogue islamo-chrétien. Un peu partout dans le monde, nous assistons à une forme croissante de clivage qui devient de plus en plus profond entre ceux qui sont persuadés de l’importance du dialogue basé sur la richesse de l’autre, et ceux qui mettent en doute l’utilité et l’efficacité de l’idée même du dialogue.

La revendication ou le refus du dialogue par les uns devient ipso facto une démarche douteuse aux yeux des autres. Ceux qui refusent le dialogue sont considérés comme étant radicaux, rigoristes et rigides. Ceux qui le souhaitent sont perçus comme des naïfs qui ne voient pas le danger de l’islam. Le dialogue est ainsi mis en opposition avec la mission évangélisatrice de l’Église et comme un frein à l’appel à la conversion au Christ. Malgré la volonté d’articuler les deux et de montrer leur non-opposition, une certaine conception du dialogue fait aujourd’hui difficulté et ne semble plus aller de soi. Ce qui provoque à nouveaux frais l’interrogation sur la nature du dialogue islamo-chrétien. Quelle théologie adéquate aujourd’hui ? En quoi un dialogue systémique est-il plus à même de provoquer à nouveau une dynamique du dialogue à distance de positions tranchées et qui se situe sur le plan convictionnel ?
AXE SOCIETAL
Vendredi 9 septembre 2016



  • Michel TERESTCHENKO est professeur agrégé de philosophie et docteur ès-lettres. Il enseigne en tant que Maître de conférences à l’Université de Reims et à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence. Il est notamment l’auteur d’Un si fragile vernis d’humanité : banalité du mal, banalité du bien (La Découverte, 2005) et Du bon usage de la torture, ou comment les démocraties justifient l'injustifiable (La Découverte, 2008), salué comme l’un des essais les plus importants de l’année 2005 et traduit en plusieurs langues. Dans son dernier ouvrage, L'ère des ténèbres (Le Bord de l'eau, coll. « La bibliothèque du MAUSS », 2015), il évoque la « guerre sainte » et sans frontières que mènent les djihadistes contre « le monde des ténèbres », guerre qui se déploie selon la logique manichéenne d'une lutte à mort où chaque camp prétend incarner le Bien et voit dans l'autre la figure du Mal. Il est également l'auteur d'un blog : michel-terestchenko.blogspot.fr
Intervention : « Pluralité et fondation des normes :
quelle proposition pour l'islam ? »
  • Stefano ALLIEVI est chercheur sur les communautés islamiques en Europe tout au long du dernier quart du siècle. Parmi ses principaux livres : Producing Islamic Knowledge. Transmission and dissemination in Western Europe (with M. Van Bruinessen, 2013), Mosques of Europe. Why a solution has become a problem (2010), Le trappole dell'immaginario: islam e occidente (2007), Niente di personale, signora Fallaci (2006), Muslims in the Enlarged Europe (with B.Maréchal, F.Dassetto, J.Nielsen, 2003), Islam italiano (2003), Muslim Networks and Transnational Communities in and across Europe (with J.Nielsen, 2003), Les convertis à l'islam. Les nouveaux musulmans d'Europe, L'Harmattan, Paris, 1998, pp.38. Plus d’informations sur le site www.stefanoallievi.it
Intervention : « L'Islam en Europe devient-il l'Islam d'Europe ? Caractéristiques, perceptions, tendances et transformations »

La présence de l'Islam en Europe ne peut plus être considérée comme un phénomène extérieur. L’Islam a fait partie de l'histoire européenne, il fait maintenant partie de sa réalité contemporaine, et ce sera une partie importante de son avenir. Néanmoins, il est étroitement lié aux États, aux groupes, aux mouvements et aux dynamiques politiques, culturelles, économiques et sociales situées en dehors de l'Europe.

Si nous voulons comprendre l'Islam européen dans ses spécificités et son importance, nous devons reconnaître cette particularité : l’Islam est un facteur social interne, avec des liens externes, perçu comme extérieur par une partie importante de l'opinion publique européenne, produisant des réactions externes et des effets de rétroaction qui le rendent encore plus pertinent non seulement en Europe.

Les évolutions des communautés musulmanes (et les transformations entre individus) en (et de) l’Europe traitent de la capacité des sociétés européennes à comprendre ces processus dans la construction des différentes dynamiques : internes et externes, nationales et transnationales, européennes et mondiales.

Dans ma communication, je vais essayer de souligner les principales caractéristiques de l’Islam européen (ou des Islams), certaines questions concernant sa perception par les opinions publiques non-musulmanes, les interactions de ces phénomènes, les conflits à travers lesquels il passe et quelques résultats et tendances possibles.