Interventions plénières

Toutes les conférences seront traduites simultanément en français, anglais et italien



Mardi 26 juin 2018


Conférence inaugurale


Hamadi REDISSI, « Le blasphème en islam, d’hier à aujourd’hui »

Toute religion prohibe le blasphème. A fortiori une religion céleste ou théocentrique et ce, contrairement à un point de vue apologétique selon lequel l’islam ne sanctionne pas de crime pour lequel il n’a pas de mot. En fait, le droit islamique classique dispose d’un thésaurus de mots désignant l’offense à l’égard de la Divinité et l’irrévérence à ce qui est sacré. Il ventile les sanctions en fonction de la gravité des propos sacrilèges. Il se fait que la législation positive des pays islamiques hérite de ce dispositif classique en lui empruntant trois interdictions majeures sanctionnées par des peines variables allant de l’emprisonnement à la peine de mort : l’offense à la religion, l’insulte au prophète et l’apostasie. Est-ce à dire que l’islam ignore le principe même de la liberté d’expression ? Existe-t-il, en dehors des considérations juridiques, une libre pensée ? Quelles sont les frontières entre la liberté de critique et le blasphème ? La conférence aura à s’interroger sur les lignes de continuité entre le passé et le présent et les points de rupture.

Président de séance : Tobias SPECKER
 

 

Mercredi 27 juin 2018


Introduction générale



Conférence d'ouverture


BENCHEIKH Ghaleb
, L’appartenance à la Oumma, actualité, ambiguïtés et enjeux

Il est évident que la personne appartient avant tout à la grande famille humaine. Cependant, un « jeu » d’affiliations basées sur les liens du sang, sur l’ethnie ou sur la confession se met en place très tôt dans la construction de l’identité individuelle et collective. En outre, l’appartenance à une nation se définit avec le sentiment d’avoir en commun une histoire et faire partie d’une communauté de destin avec un certain nombre de références culturelles. En réalité, avec les notions de citoyenneté et de nationalité, on pourrait porter une allégeance sociale et politique dédoublée d’une autre d’ordre moral et spirituel. Cette dernière détermine l’appartenance à un groupe encore plus grand s’insérant dans un vaste ensemble supranational. C’est l’Oumma pour les croyants musulmans. La « matrie », la communauté des croyants qui, contrairement à la patrie, transcende les clivages « topographiques » et les frontières terrestres. Nous verrons comment ce sentiment est-il nourri, quelles sont ses ambiguïtés et quels sont ses enjeux à l’ère de la mondialisation.

Président de séance : Michel YOUNÈS




Axe 1 : Appartenance(s) et communauté(s)

  • PISANI Emmanuel, «  Al-Wala wa-l-bara : enjeux d’une controverse en islam contemporain sur la perception et le statut de l’autre »

Les concepts de wala et de bara [loyauté/amitié – déloyauté/inimité] ont donné lieu à l’élaboration d’une doctrine théologique au sein du wahhabisme contemporain qui commande une éthique particulariste et exclusiviste à l’égard de l’autre[1]. Elaborée originellement au sein de l’ibadisme, elle a connu une formalisation sunnite sous la plume d’Ibn Taymiyya. À l’époque contemporaine, dans les années 70 et dans le contexte d’une des manifestations du réformisme, cette doctrine a été actualisée afin de fonder la primauté d’une solidarité basée sur l’appartenance à l’umma musulmane. Elle a conduit à justifier le rejet de toute forme de relations ou de collaborations sociales, culturelles, économiques ou politiques avec les non musulmans. Sous la plume d’al-Zawahiri [2], elle a donné naissance à une doctrine politique qui a conduit à rejeter la notion de citoyenneté issue de la modernité occidentale. Elle est aujourd’hui au cœur du dispositif politique de Daesh. Pourtant, un regard historique montre que cette doctrine avait déjà donné lieu à une réfutation par Ahmad Ibn Hanbal qui y voyait une innovation (bida). L’objet de notre communication consistera à restituer les fondements théologiques de la controverse. Question symptomatique de la difficulté en islam à penser le pluralisme, il s’agira aussi d’exposer les arguments avancés par des penseurs musulmans contemporains qui, à l’instar de Gamal al-Banna, voient dans cette doctrine un fléau conduisant des générations de jeunes dans la colère et le rejet du non musulman[3].

 

[1]’Abd ar-Ra hman ’Abd al- Haliq, al-Wala al-Bara. Kuweit, 1978 ; Muhammad ibn Sa’id al-Qahtani, Min mafahim ’aqidat al-salaf al-salih. Al-Wala’ wa-l-bara’ fi l-islam. 6. Vol., Dar at-Taiyiba, La Mecque, 1413 ; Salih ibn Fawzan, al-Wala’ wa-l-bara’ fi l-islam, Gam ’iyat al-Kitab wa-l-sunna, Gaza, s.d.

[2]Al-Zawahiri, al-Wala’ wa-l-bara’. ’Aqida manqula wa-waqi’ mafqud.

[3]Gamal al-Banna, Na’am li-l-wala’ la li-l-bara’, al-Qahira, Dar al-Fikr al-Islami, 2007.


  • ANSORGE Dirk : Affiliation religieuse, appartenance et apostasie: étude de cas des conceptions chrétienne et musulmane?

Abstract: It is well known that in Christianity – particularly in the European mainline churches – religious affiliation primarily is not founded in belief, but in baptism. According to traditional Christian faith, baptism creates what theology calls a “character indelebilis”. This means that even in case of apostasy or faithlessness the unbeliever doesn’t cease being Christian. However, at least for Catholics the Second Vatican Council shed new light on the legitimacy of religious conversion by emphasizing the pivotal role of human conscience. The decision of a learned human conscience has to be respected even if it suggests leaving the church or if it leads to atheism. Therefore the paper will discuss the theological and juridical impact of renunciation from Christianity in order to compare it with Muslim conceptions of religious affiliation, renunciation, and apostasy. How can one conceive the relationship between juridical affiliation and the practice of belief, behaviour, and belonging?

 
  • FLAQUER Jaume, L'éducation islamique dans les écoles publiques. Sa mise en œuvre, son programme et son impact social en Espagne
The actual implementation of the right to Islamic religious education, despite being formally recognised by the Cooperation Agreements of 1992, has followed a complex process of discussion and development not completely fulfilled today.
The present proposal discloses the first results of a cross-based analysis that intertwines three main conceptual and methodological approaches. Firstly, a juridical analysis deals with the content and scope of this right as established by the Spanish legal framework, dealing with the institutional and conceptual obstacles that have hindered its subsequent application. Secondly, the publication of Descubrir el Islam, a set of handbooks meant to embody the official educational curriculum in primary schools, allows to combine the views of pedagogy and islamology to examine its principles and contents. It also opens up the case for its actual use on an everyday basis, sometimes substituted or paralleled by “complementary” materials in Spanish or Arabic. Thirdly, the discursive analysis of social imaginaries offers a standpoint to examine how the implementation of Islamic religious education in public schools constitutes an act of visibilization that interacts on the construction of representations of Muslim communities and on its perception by Spanish society in a broader sense.
This contribution ultimately addresses the issue of belonging in plural societies by calling into question the role of religious education nowadays, putting it into the complex and evolving context of politics, jurisprudence, institutional negotiations and social images. Thus, it intends to provide some useful insight on how the production, transmission and reproduction of doctrinal and cultural knowledge on Islam constitutes a crucial aspect in the development of a framework of convivence.
 
 
 
  • DEMICHELIS Marco, Quand la religion divise la "communauté". Dynamique de la violence et de la pacification au Levant
Abstract: Since the nineteenth century, the dynamics of inter-religious conflict within the Arab world accentuated a growing intolerance between Christians and Muslims which has historically been confirmed by the "pogroms" of the 1860 Mount Lebanon Civil War that culminated with the massacre in Damascus against Christians.
Nowadays, the failure of “Arab Springs” in Syria as in Egypt, the historical difficult Islamo-Christian relationship in Lebanon as that in Israel, makes the Levant, a region of rooted religious conflict, in which the belonging to a state, a citizenship as to a nation is by no means sufficient to preserve it from dramatic "civil- religious wars."
The contemporary onset of IS has further worsened the intra- community relations promoting ethnic cleansing policies within the Syrian – Iraqi area.
This paper would like to deal with the dynamics of inter-religious violence analyzing the historicalreligious reasons, the failure of Arab nationalism as that of a national identitarian building process, but also the incapacity of spiritual authorities in being really “men of peace”.
In spite of this, the analysis would like to introduce dynamics of pacification through perspectives of “religious geopolitics” as well as case studies, but also through Naim Ateek and Marc H. Ellis
Liberation Theology approach, referring in particular to Jerusalem Sabeel Document and the essay Encountering the Jewish Future.
The aim is to deconstruct the “belonging” to a geographic area with that to an Abrahamic faith as historically and culturally identified with a new understanding of “religious belonging”.
 

Axe 2 : Appartenance(s) et territoire(s)


  • MOSTFA Ali, Islam et appartenances : entre ruptures et continuités
L’expérience d’un musulman né en France le conduit à synchroniser un double regard. Un regard sur lui-même, en tant que citoyen musulman pleinement français, et celui sur son origine en tant que dimension transmise par ses parents et intégrée dans la construction de sa personnalité.
Le lieu de naissance des parents se pose pour les enfants nés en France comme un « point nodal de la filiation »1. Dit autrement, le lieu originel de la filiation structure leur histoire à venir et construit le sentiment d’appartenance à la France qui est leur pays de naissance. La problématique pour ces individus consiste donc à tisser rationnellement le lien entre les deux territoires, sans toutefois traduire le sentiment présupposé d’être « incomplet » par un comportement qui pourrait les stigmatiser comme étant différent.
Cette double appartenance s’érige comme une donnée de la globalité que beaucoup de citoyens musulmans à travers le monde partagent. Le pays de naissance des parents par exemple n’est pas pensé nécessairement comme un territoire à reconquérir dans le cadre d’un projet de retour. Leur pays d’existence et d’avenir étant incontestablement la France. Mais le pays d’origine des parents est désormais irrémédiablement re-territorialisé dans l’espace français, entrainant ici et là l’apparition des moeurs collectives qui interrogent les valeurs structurelles de la société française.
La modalité linguistique participe elle aussi à la définition de la question de la croyance, du positionnement vis-à-vis de l’héritage familial et de l’émergence d’une nouvelle identité religieuse. Dans le cas des jeunes issus de l’immigration, il faudra se poser la question de savoir si l’appartenance à une langue différente de celle des parents ne définit pas différemment la question de l’appartenance ? ‘Coupés’ de la filiation linguistique, l’appartenance se transforme pour eux en une frontière d’où ils estiment qu’ils ne pensent pas par eux-mêmes, mais qu’ils sont pensés par les autres.
À travers cette problématique générale, il s’agit de saisir les contours des appartenances et des frontières en tant que modalités qui induisent des déplacements et des bouleversements du sens et des significations des paradigmes, tels que watan, oumma, etc. Il s’agit également d’appréhender la manière dont ces appartenances sont intériorisées et amalgamées dans le comportement et le discours des citoyens musulmans et celui de la société française.

1 Abdellatif Chaouitte, L’interculturel comme art de vivre, L’Harmattan 2007, p. 75.

 Recently, Afifi Al-Akiti and Joshua Horden proposed the development of a new field of study called “A Comparative Approach to Muslim and Christian Political Thought”. Given the fact that the object of study of such a field of two explicitly religious traditions, it is clear that they are proposing something that is beyond the mere study of political theory and leans more to the field of theology. Such an approach could be extremely helpful in order to have a better knowledge of both political traditions and their connections as well as to put them dialogue with secular political thought. The Christian theologian Robin Lovin offers us a more detailed method for such a study.

            In such an approach, a very important point of study is each religion’s understanding of the ethical end of social life. A clarification in this point will help to face other problematic issues between both traditions of thought. In the case of the Catholic Church the concept used to express exactly that point is that of the common good, a concept with a long history in western thought and in Catholic social thinking. In the Islamic tradition, we cannot find an exact correspondence to this but we do find a similar concept called ‘maslaha’ or public welfare. The Islamic concept is a more of a juridical term integrated in the tradition of fiqh, however it may offer us a Muslim understanding of the same idea.

            Both concepts covers overlapping conceptual spaces and can be considered, in Robin Lovin’s terms, as bridge concepts in order to compare both traditions. Without forcing an artificial connection between them, we want to study their similarities and differences. Such a study may provide us with some clues on the way to think together the ultimate objective of our life in modern societies. This clarification may give us good orientation for future debates on Christian and Islamic relationships on social life.

  • SALEH Wael, Appartenance(s) et territoire(s) au prisme de la religiosité (al-tadayyun) dans la pensée arabo-musulmane actuelle

Comme le constatent le penseur syrien Burhan Ghalioun [1] l'historien français Dominique Avon [2], le philosophe marocain 'Abd al-Ila h Balqaziz [3], le penseur bahreïnien Mohammad Gaber Al-Ansary [4] et l’intellectuel égyptien 'Ammar ‘Ali Hasan [5], le monde arabo-musulman se pose encore jusqu'à maintenant les questions suivantes :
Qui sommes-nous et quelle est l'influence de la réponse sur la conception du lien entre le religieux et le politique qui est parmi les facteurs qui sont en effet au cœur de trois enquêtes chroniques dans la pensée arabo-musulmane qui suscitent des questionnements :

1) Un espace de référence : Oumma, qawmiyah (arabité) ou wataniya (nationalisme) ?
2) La nature du régime : religieuse ou civile ?
3) Qu’est-ce qui organise notre vivre ensemble ?

Comment les trois courants majeurs de la pensée arabo-musulmane contemporaine : le réformisme musulman; l’islamisme holiste activiste; le libéralisme humaniste musulman [6] se diffractent-ils dans leurs conceptions de ce lien? Quel est l’impact de ces conceptions construites sur l’appartenance et le territoire? De quelle manière la mise en tension de ces trois courants a-t-elle contribué à générer des enjeux, comme les guerres, les mouvements migratoires, les exodes et les conflits identitaires au Moyen-Orient et dans les pays d’émigration, qui sont intrinsèquement liés aux modèles théoriques philosophiques, politiques, religieux et moraux de comment vivre ensemble que ces trois courants offrent aux arabo-musulmans d’aujourd’hui?

[1] B. GHALIOUN (1990). Système sectaire : de l’État à la tribu (Nizam al-ta'ifiyah min al-dawlah ila al- qabilah), Bayrut, al-Markazal-Thaqafi al-’Arabi, pp.136-137.
[2] D. AVON (2013). Comment le fait religieux peut-il être vecteur de paix ou de guerre ?, [En ligne], https://www.youtube.com/watch?v=RPG8AYDwtaA (Page consultée le 15 mars 2016).
[3]’A. BALQAZI Z (2001). Questions de la pensée arabe contemporaine (As'ilat al-fikr al-’Arabi al-muasir), Maroc, Dar Al Hiwar Li Al Nasher, p. 7.
[4] M.G. AL-ANSARY (2000). Formation politique des Arabes et le sens de l’État-nation (takween al-arab al-syassy we maghza al-dawla al-qatarya), Beyrouth, Centre d’études de l’Union arabe, 3e édition, p. 92.
[5] ’A.’ALIHA SAN(2006). Oummaencrise (Ummah fi azmah : amrad al-’Arabal-siyasiyahfial-fikrwa- al-ha rakah), al-Ji zah, Markaz al-Ha da rah al-’Arabi yah, p. 32.
[6] W. SALEH (2017). La conception de l’État dans la pensée égyptienne contemporaine. Continuités et ruptures dans l’interprétation des liens entre religion et politique, L’Harmattan, Collection Pour Comprendre le Moyen-Orient. 290p.
 
  • FERRARI Alessandro, Le droit de liberté religieuse: un instrument de gestion du pluralisme citoyen sur les deux rives de la Méditerranéenne
 La présence musulmane en Europe et un pluralisme plus visible dans la rive Sud de la Méditerranéenne donnent un rôle nouveau au droit de liberté religieuse en tant qu’instrument d’intégration et de gestion des sociétés plurielles contemporaines. En particulier, les tensions liées à la gestion d’un pluralisme qui semble menacer les équilibres sociétales traditionnels, tant au Nord comme au Sud, remettent en lumière la nature politique essentielle du droit de liberté religieuse en tant qu’instrument dans les mains des états-nations pour la sauvegarde de l’ordre public et de leur primauté.
Les transformations du droit contemporain de liberté religieuse, devenu plus fonctionnel à l’encadrement collective-institutionnel qu’à la garantie des instances individuelles, réduisent les distances entre les deux rives en permettant un regard comparé aux leurs droits de liberté religieuse et aux leurs parcours d’intégration citoyenne.
Cette intervention traitera cinq points principaux :

1. Le rapport entre lutte pour la liberté religieuse et lutte pour une citoyenneté active dans les deux rives ;
= La revendication, au Nord comme au Sud, de la jouissance, sur un plan d’égalité, du même droit de liberté religieuse garanti aux groupes « plus établis » corresponde à une revendication de citoyenneté pleine. Par conséquent, le débat sur la liberté religieuse assume des contenus qui vont bien au-delà de sa dimension spécifique et traditionnelle.

2. Les dynamiques principales des droits de liberté religieuses dans les deux rives ;
= Dans la rive Nord la jouissance du droit de liberté religieuse par les musulmans devient l’occasion pour un processus d’ « ecclésiasticisation » des communautés musulmanes. Cela va amorcer un processus d’autonomisation destiné à produire ses effets aussi dans la rive Sud où les espaces juridiques nationaux, ainsi que les sphères publiques, sont de plus en plus sensibles au cadre globalisé.

3. Les transformations demandés aux musulmans en Europe et aux chrétiens dans la rive Sud pour participer activement à ce processus de « participation citoyenne »;
= Au Nord les musulmans sont appelés à démontrer leur « loyauté » envers les acquis de la modernité politique pour accéder à une pleine citoyenneté publique. Au Sud les chrétiens sont appelés à accepter le pari de la sortie de leur privatisation autonomique pour jouer un rôle politique plein.

4. Le rôle joué par les dialogues intra-religieux, œcuménique et interreligieux dans ce processus ;
= Ces processus demandent un débat intra-religieux (entre différents groupes musulmans et chrétiens et entre leurs « laïcats » et « clergés »); œcuménique (au Nord le rôle des églises et des communautés chrétiennes pour la liberté religieuse des musulmans et au Sud en faveur des communautés religieuses non enregistrées) et inter-religieux (pour une liberté religieuses et une citoyenneté partagées et, donc, pour retrouver les intersections qui puissent faciliter la convergences des différents groups religieux autour les piliers fondamentaux du « vivre ensemble »).
Jeudi 28 juin 2018

Conférence d'ouverture

PAROLIN Gianluca, The Jinsiyya Obsession and the Muwatana Veil: The Constitutional Politics of Citizenship in the 21st Century

Nation-states have added a further level of complexity to the multiple dimensions of belonging: that of (national) citizenship. After tracing some of its past developments, my contribution will focus on its current trends. The constitutional politics of citizenship in the legal systems that use Arabic as their official language, I argue, is a telling incarnation of some of citizenship’s idiosyncrasies in the region.
References to ‘citizenship’ in constitutional texts have multiplied over the past couple of decades, globally. And legal systems that use Arabic as their official language are no exception. Such increase in citizenship provisions in constitutions needs to be closely examined, however, and I will focus on the latter systems.
One could group these new citizenship provisions in three blocs: (1) provisions on jinsiyya regulations, in line with the liberal trend that prefers to set such regulations at the constitutional level to try and avoid the legislators’ whims on such momentous decisions on membership in the political community; (2) provisions involving single-jinsiyya requirements to hold public office, counter to the liberal tendency to reduce them; and (3) provisions emphasising muwatana as the mode of the political system, in line with the liberal emphasis on the participation of citizens in decision-making.
The paper will frame these constitutional developments in light of the enforcement that these provisions have seen in recent years. The two trends that seem to be in line with the liberal trend [1 & 3] are contradicted by executive practices and by the very governance design, while the counter-trend [2] has been heavily profited from.

Axe 3 : Appartenance(s) et citoyenneté


NEULINGER Michaela
: Pas d'appartenance pour les croyants? Etude comparative sur les musulmans et leur (non) appartenance à l'État laïc et libéral, d'après les écrits de Talal Asad et d'Abdullahi Ahmed An-Na'im

A comparative study of Talal Asad’s and Abdullahi Ahmed An-Na'im’s discussions of Muslims and their (non-)belonging in the secular-liberal state
In contemporary times, the principle “citizenship” is defended as an inclusive concept uniting people in religiously and culturally plural states, on the other hand it is questioned by religious actors and abused by political populistists to exclude certain groups. Talal Asad and Abdullahi an-Na’im are two prominent Muslim intellectuals in the debate about Muslims, Islam and the secular state. While for an-Na’im this state and its concept of citizenship is a necessary prerequisite for peaceful coexistence in religiously plural societies and a guarantor of space and freedom also for Muslims, Talal Asad is deeply critical about the secular state and its institutions. For Asad the concept of citizenship as developed in the secular European states is homogenizing and in the end particularly discriminatory against Muslims and Islam.
The paper aims at a critical comparison of Asad’s and an-Na’im’s discussion of the secular state, its concept of citizenship and the possibly included discriminatory mechanisms. Is there really “no space for Muslims as Muslims” in secular-liberal European states as Asad claims? Is the concept of citizenship definitely the essential, inclusive principle for plural societies?
In a first step, the paper will introduce the concept of citizenship from a secular-liberal perspective, its framework and goals. Second, the positions of Talal Asad and Abdullahi an-Na’im will be presented and critically compared. Finally, I will draw conclusions for the development of a possible future concept of an inclusive “European Citizenship” that takes for serious the religious identities of people as a resource for solidarity and cooperation in a religiously and culturally plural Europe.


LLAQUET José Luis, Contextualiser l'islam dans l'Espagne contemporaine en mettant l'accent sur le réseau existant des associations et des fondations musulmanes, pour connaître sa réalité sociale et juridique

J'ai récemment étudié la présence de l'islam contemporain en Espagne dans une perspective pluridisciplinaire. Dans ce travail, j'ai pu constaté, ces derniers temps, la croissance exponentielle des associations et fondations islamiques qui ont été installées en Espagne. De même, je trouve qu'il n'y a  aucune recherche scientifique qui analyse la réglementation civile et son régime estatutaire, le but des entités, les organismes et membres représentatifs, les budgets et les activités menées, leur relation avec les différentes écoles musulmanes ou avec d'autres groupes, les conflits étrangers ainsi que les conflits intérieurs ou extérieurs. 

ZALTA Anja, La tradition islamique des Bosniaques et son européanité

The syntagma "house of agreement" was coined by former Bosnian reisu-l-ulema Mustafa Ceric in his "Declaration of European Muslims", which was presented in London in 2005. In this declaration, Ceric asserts the devotion of European Muslims to the European values of democracy, tolerance, human rights and the rule of law. Ceric belongs to the Islamic tradition of Bosniaks, which incorporates multicultural, democratic and pluralistic values. The self-understanding of Bosniaks is based on European-ness, the revitalization of ijtihad and the reformation of their socio-cultural and political conditions since the mid-19th century. They are the largest Muslim community in South Eastern Europe, which came into contact with European political, legal and cultural institutions and norms in 1878, when Bosnia and Herzegovina became part of the Austro-Hungarian Empire. The suspension of ties with the Ottoman Empire created conditions for the (relative) autonomy of Muslim institutions and intellectual endeavours.
The presentation will highlight the main characteristics of Islam in Bosnia, its constituent power and its educational (didactic) role in terms of historical memory, which consolidates and brings together diverse views and requirements. It will present the Islamic tradition of Bosniaks not as a theoretical construct, but as a reality of how Islam is understood and lived through the centuries. It will also think about possibilities how and if to apply the “Bosnian model” to the greater “European ummah”.
HAGER Anna, Les Fondements de la citoyenneté des non-musulmans
– des lectures islamiques modernes d’Egypte et du Liban

Cette intervention se propose de traiter d’une question qui se trouve à l’intersection entre les questions thématiques de citoyenneté et de territoire définies par Pluriel ; à savoir comment des acteurs islamiques de tendances différentes définissent l’appartenance des non-musulmans aux sociétés égyptienne et libanaise, en particulier les fondements religieux, politiques, culturels, historiques légitimant cette appartenance.
Cette intervention a pour but de dépasser le cadre d’analyse réducteur de dhimma ou « dhimmitude » et de regarder comment, au contraire, des acteurs islamistes, salafistes, modérés, libanais et égyptiens, sunnites et chiites, se fondent sur une lecture sélective de l’héritage islamique (le Coran, les hadith, en incluant les anecdotes sur le prophète, l’histoire islamique), mais arrivent à des conceptions d’appartenances aussi différentes voire contradictoires. Ces acteurs incluent le Hezbollah, les Frères Musulmans, les figures salafistes libanaises et égyptiennes comme le parti salafiste el-Nour, la Gamaa al-Islamiyya, pourtant réputés pour leurs positions intransigeantes, ainsi que les instances de l’Islam officiel comme al-Azhar.
Comme nombre de ces acteurs ont occupé des rôles politiques ces dernières années (en particulier à partir de 2011 pour les acteurs égyptiens), une attention particulière sera prêtée aux contextes politiques et nationaux respectifs. Cette analyse est basée sur les écrits et déclarations de ces acteurs en arabe (ou en français et anglais le cas échéant) et a pour objectif d’établir une typologie de ces différentes conceptions de citoyenneté.

Synthèse

BASANESE Laurent

Conférence finale


Son Em. Jean-Louis TAURAN, Président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux